#Écrire à propos de… L’espace, le temps (dans les récits)

 

Élémentaires, comme les éléments, eau, terre, air, feu, non ? L’espace, le temps, « formes a priori de la sensibilité », selon Kant, qui parlait pour son aire culturelle, et peut-être au-delà si on suit Hegel sur les « grands symboles » et leur capacité transculturelle : nous avons appris ça, qui semble incontestable ; nos perceptions et intuitions, ainsi que le développement des enfants montrent que ce sont les premières relations acquises (avec l’agentivité : qui commande là-dedans ?), une sorte de socle émotionnel et cognitif.

 

Il en va de même dans les romans et récits : où ça se passe, et quand, on veut savoir ; l’uchronie fascine, l’anachronisme fait rire (parfois à ses dépens, attention). Mais… et si c’était un peu plus compliqué que cette addition espace-temps, ce carré ou cube magique a priori ? On va examiner la chose. Primo, Avec la couverture (du très beau roman de Patrice Salsa :

 

  Laissez-vous prendre par tout ce bleu de l’eau avec, dans l’espace, le plongeur qui va changer d’élément, de l’air à l’eau, et qui est ce changement même. 

 

Dans ce roman d’adolescence essentielle, que dit l’espace ? Cet espace va des piscines au bord de l’océan pour la scène finale, cet espace est labile entre air et eau, et terre aussi ­ - quant au feu, il brûle sur les peaux et dans les cœurs.

 

Il dit « ce qui n’est pas représentable », ce qui plane au-dessus/dessous des mots et entre eux, dans leur musique et plus. Je paraphrase ici Gisela Pankow, dans L’homme et son espace vécu, analyses de l’espace filmique dans différentes œuvres de maîtres, Ozu, et autres, de différentes cultures : « l’espace peut envoyer des messages… de là où les conflits ne sont pas représentables » (1986, trad. et rééd., Aubier). Des conflits, vraiment ? Oui, dans le roman pré-cité, tout en dentelle de silence, délicatesse et attention pour ce qui naît, se forme et s’affirmera… peut-être. Mais pour d’autres ?

 

Ce qui a motivé mon intérêt initial sur espace/temps lié à un ou des conflits est le roman de Catarina Viti, Le temps des cerises, où elle embrouille le temps pour manipuler son monde… et ses lecteurs : impossible de savoir quel jour on est, quelle nuit, quand ça a commencé, ça finit, et donc qui a agi... Début et fin se passent au matin dans le même café, en bord de mer, mais on sait que le jour (ou l’heure) est autre, car la météo a fait changer l’espace : c’est tout bleu au début, on n’y voit que du bleu, mais à la fin, c’est gris. Une nuit au moins a passé. Ou deux. Entre mer bleue et mer grise, une vengeance s’est accomplie.

 

Il y a une, non, deux vies en moins. Celle du capitaliste sauvage qui exploitait les parents de la narratrice et les a jetés dans la misère pour construire des logements de luxe sur leur immeuble collectif vétuste et chaleureux (il était prêt à tout et lié à la mafia, il a même fait exécuter son frère) ; et celle de sa fille, compagne de classe (scolaire !) de la narratrice, et toujours deuxième derrière elle, mais… qui a bien mieux réussi, comme patronne d’une boîte de « mieux-être » (sic), quand la narratrice est assistante d’un dentiste.

 

Vers la fin, on fait plus que subodorer l’arnaque vécue, on ferme les angles de ladite arnaque : tout est au final affaire d’organisation du texte, de dits et de silences, d’esquives. D’où l’appel à Gisela Pankow. Car C. V. respecte l’espace avec, même, des symétries, et j’ai voulu savoir pourquoi : un besoin essentiel ? ou le désir de jeter des bouées aux lecteurs ?

 

 

Dans Le temps des cerises (Blues4), l’auteur nous colle d’emblée face à la mer, qui sera aussi présente dans la dernière page du roman.          La mer, toujours recommencée, celle qu’on voit danser… le long des golfes pas très clairs… Les lecteurs, tels des hamsters qui tournent dans leur roue…. L’espace seul est stable, alors, lecteurs, arrêtez de tourner, posez-vous. Face à la mer. Au ciel. Assis sur les matières de la croûte terrestre.

 

Et alors, direz-vous ? Tout ça pour ça, deux morts, qui ne l’ont pas volé ? Le père Altier, capitaliste sauvage, meurtrier de son frère via la mafia ; la fille, ex-compagne de classe de la narratrice, éternelle seconde, mais première dans la vraie vie, vive l’argent et les relations.

 

Tout ça pour ça,  vraiment, deux morts, qui ne l’ont pas volé ? Oui, mais non.

 

Il a fallu la sagacité créatrice de la narratrice qui sait embrouiller les temporalités, et jouer la déstabilisation des dominants d’hier, en particulier leur fille (et au passage, celle des lecteurs) et leur passage à l’acte, sans doute. Le meurtre par délégation d’un exploiteur meurtrier – pas mal, hein ! Puis, toujours la fille Altier, son hara-kiri accidentel, ou pulsionnel (ce qui revient au même, non ?)

 

 Alors l’inversion des rôles a réussi, les grands d’hier sont devenus outils de cette frange humaine qu’ils ont exploitée puis expulsée, dont la narratrice qui les représente et en fait ses jouets. Soit Marx revisité par l’observation et la manipulation. Une belle construction déjantée mais contrôlée, façonnée a mano.

 

Voilà un autre exemple de message que l’espace peut délivrer « là où les conflits ne sont pas représentables ».  Je n’en dis pas plus, danger de divulgachis.

 


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